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Lorsque je demande à mes élèves ce qu’est le yoga, très souvent, la réponse est: un moment de détente, une bulle où l’on respire, une séquence d’exercices en douceur. Tout ceci est bien sûr très juste car ces réponses représentent la réalité de ce que chacun vit dans la pratique. 

Mais le yoga, c’est plus qu’un tapis, quelques exercices de respiration et des asanas.

Un des textes fondateurs de la philosophie du yoga, les Yoga-sutra, écrit par Patanjali il y a plus de 1700 ans, décrit le Yoga comme « l’arrêt de l’activité automatique du mental » (Sutra I.2). Cet aphorisme nous donne le but ultime de la pratique, qui permet d’arriver à un état propice à la réalisation de Soi, à une forme de détachement du monde, et à la conscience du Soi universel. 

Il existe seconde définition du mot Yoga: ce dernier a pour racine « Yug » qui veut dire Union.Partant de là, le yoga, c’est l’union:

  • du corps, du mental, et de l’esprit;
  • mais surtout de toute chose existant sur cette Terre:

Ainsi, je suis moi, mais je suis aussi toi, je suis la salade qui pousse dans mon jardin, et la limace qui grignote celle-ci, je suis les pierres qui ont servi à construire ma maison, je suis le Soleil, la Lune, et tellement d’autres choses encore… Cette conscience universelle qui veut que nous soyons tous un, et que nous provenions tous de ma même source est l’essence même du yoga. Comme des cours d’eau qui finissent par tous aller se jeter dans la mer.  Cette perspective guide le pratiquant aussi en dehors du tapis, car elle devient un véritable mode de vie. Elle amène à une vision du monde qui serait détachée des contingences matérielles, afin de nous libérer du cycle du désir et de la possession. 

Entrent alors en jeu les notions de service désintéressé, de non-violence, de contentement, d’austérité, de vérité, bref tous les Yamas et Nyamas (les « principes éthiques » auxquels les yogis se doivent d’être attentifs; je vous en reparlerai de manière plus précise dans un ou des prochains articles), et par-dessus tout, c’est l’amour inconditionnel de tout être sur Terre. 

A côté de cela, il peut parfois y avoir des idées reçues quant à ce qu’est le yoga, en voici quelques unes, la liste n’étant pas exhaustive.

Ce que le yoga n’est pas:

  • une pratique sportive dans le sens de « culture physique »: 

Bien sûr les asanas font travailler le corps, lui assurent force et souplesse, et le maintiennent en bon état. Pour les yogis, le corps est un véhicule et, comme pour une voiture, il faut l’entretenir pour pouvoir garantir son bon fonctionnement, mais ce n’est pas là une fin en soi. La pratique du yoga ne se résume de loin pas aux seuls asanas. Sans le pranayama, sans la méditation, sans un mode de vie sain, sans une prise en compte des Yamas et Nyamas (les fameux « principes éthiques » mentionnés plus haut), ils n’ont que peu d’intérêt.

Autre différence avec la pratique sportive: l’esprit de compétition ou de dépassement de soi. Ce n’est pas l’esprit du yoga où chacun suit son propre chemin, à son rythme, en fonction de ses capacités. La relation a son corps se fait avec bienveillance. J’aime à comparer cette relation à celle que l’on aurait avec un ami de longue date…

Et bien entendu, le yoga ne fait pas maigrir, il ne vous sculptera pas non plus un corps d’athlète. Par contre, il vous permettra d’améliorer votre niveau d’énergie, et de vous garder plus longtemps en bonne santé. 

  • une pratique ésotérique pour mystique illuminé / une religion:

C’est un chemin personnel: certains seront plus intéressés par l’aspect « philosophique » de la tradition yoguique, d’autres par l’aspect plus « technique »: les postures, le travail du souffle, pour d’autres enfin, il s’agira d’un mode de vie intégrant un peu tous les aspects du yoga.

Bien sûr les mantras, par exemple, sont prononcées en l’honneur de divinités hindoues… parce que l’Inde est le berceau de la tradition yoguique. Cela fait partie de la culture et de l’histoire de cette discipline. Mais si vous invoquez Ganesha (la divinité enfant à la tête d’éléphant) pour vous aider à lever des obstacles dans votre vie, cela revient par exemple pour un catholique à invoquer Dieu pour le même motif… Il n’est nul besoin de se convertir, ou de se mettre à croire en quoique ce soit: notre relation à ce quelque chose qui nous dépasse, que certains appellent Dieu, n’appartient qu’à nous.

Je garde toujours en mémoire une discussion avec mon professeur de yoga, concernant la méditation. Au lieu de me dire de réciter un mantra ou tout simplement le son OM, il me demanda si j’avais une croyance dans une religion, quelle qu’elle soit. Je lui répondis que oui. Puis il me dit: « Alors tu as du apprendre des prières; il y en a peut-être une que tu connais ou que tu aimes mieux que les autres ». J’acquiesçais à nouveau. Il me dit: « Eh bien, tu peux la réciter quand tu médites». Je fus étonnée de ce conseil, venant d’un professeur indien, qui reçu dès son enfance un enseignement traditionnel de la discipline. Le message qu’il souhaitait me faire passer était le suivant: « Fais ce qui as du sens pour toi ». Et je suis aujourd’hui convaincue que c’est ce qui doit nous guider: ce sentiment intime que ce que nous faisons ici et maintenant a un sens pour nous. 

  • une baguette magique qui peut résoudre tous les problèmes:

Même si la pratique peut aider à prendre du recul sur les évènements de notre vie, le fait de se mettre au yoga ne changera pas tout, tout de suite, comme par enchantement. Par exemple, si quelqu’un souffre de crises d’angoisses, le fait de méditer 30 minutes le matin ne va pas forcément éviter à cette personne de ressentir de l’angoisse à un moment dans la journée. Par contre, cette pratique, si elle est quotidienne, lui permettra à terme de maitriser son mental, et ainsi de pouvoir mieux gérer les crises d’angoisse. Mais il faut bien être conscient que c’est un long chemin, qui demande patience, régularité, bienveillance, confiance (en soi et dans la pratique elle-même), et même une forme d’abnégation.

Voilà, alors pourquoi tout ce bla-bla?

Simplement parce que dans votre pratique il est important de garder en tête qu’il n’y a pas de but, de finalité tangible, comme par exemple perdre 2kg, ou avoir des jambes plus musclées, ou être tout le temps plus calme. En réalité, c’est une expérimentation permanente, qui se fait en laissant nos attentes de côté. Les effets bénéfiques (sur le plan physique et psychique) viennent d’eux-même au fil du temps. 

Et si l’on revient à ce qui se passe sur le tapis, en cours ou à la maison, il s’agit de faire l’expérience d’un espace en soi, pour soi. Ne pas chercher à reproduire une posture comme sur une photo, comme le voisin de tapis ou le prof. Bien sûr il y a quelques points auxquels nous devons faire attention pour ne pas nous blesser. Mais globalement, l’idée est de vivre le mouvement, un peu comme ces archers traditionnels japonais qui ne cherchent pas à viser le coeur de leur cible, mais plutôt à effectuer le mouvement avec toute la justesse possible. Et dans notre cas, la justesse, c’est de sentir ce qui se passe en nous, d’être capable de continuer à respirer profondément en tenant la posture. 

La justesse c’est aussi d’apprendre à maitriser ses émotions et son flot de pensées, et tâcher de conserver une attitude bienveillante, ouverte et aimante. 

Namasté